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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:22

exposition une demie seconde d'éternité      fév-mars 2009

   Dans la première salle de l'exposition sont disposés douze vitraux reprenant des motifs télévisuels. Rapidement, nous reconnaissons Claire Chazal  ou Dora l'exploratrice. Les enfants reconnaissant une scène du feuilleton Totally spies. Certains sont déjà attirés par l'écran bien réel qui montre la fabrication des objets. Les Diachromes sont le fruit d'un protocole précis : GB demande à des artistes de lui donner une heure précise, heure à laquelle l'artiste va  capturer avec un appareil photo une image du flux journalier émis par la chaîne la plus regardée de chaque pays, TF1 pour la France. Une caméra filme ce processus pour le documenter. Puis, avec le cliché, GB fait réaliser un vitrail. Il se fait aider par sa femme, illustratrice pour enfants, pour les parties peintes des vitraux. Les vitraux sont montés dans des boites en bois évoquant le poste de télévision, impression renforcée encore par un éclairage interne.

   Pour l'exposition de Montpellier, GB a ajouté sous chaque  vitrail une lampe de bureau articulée sur la partie éclairée de laquelle est inscrite ce que nous devinons être la phrase prononcée au moment ou l'image a été captée. Ce dispositif nouveau (il n'était pas présent à la chartreuse de Meylan) vient sans doute plier à ce qui a été ressenti comme un manque par l'artiste : la présence de la parole, ici simplement sous la forme de texte. Ce texte, rétro-éclairé comme les vitraux, et de plus placé sur des lampes qui rappellent la forme de bulles de bande dessinée, contribuent à brouiller le message temporel donné par les vitraux : alors que les images fixent un instant précis, la fameuse demi seconde d'éternité qui donne son nom à l'exposition, les textes redonnent à la scène une épaisseur chronologique.

   Tout le dispositif de GB oscille en permanence entre l'arrêt et le mouvement, l'image fixée pour l'éternité et le flux incessant des images. Certes, l'exposition de ces écrans fixés, parfois sur des images quasi dépourvues de signification a une valeur morale ; quel est le sens, la valeur de l'énorme déversement d'images. TF1 émet 24h/24, à raison de 25 images par seconde, des émissions dont fort peu vont se fixer dans la mémoire des millions de spectateurs que draine la chaîne. A quoi bon ? Le thème de la vanité, vanité des images, vanité de l'importance que l'on accorde aux informations, de la célébrité (celle que nous montre GB est retombée dans un profond oubli) est un thème récurrent chez l'artiste. Mais de manière plus générale, c'est la réflexion sur le temps, temps qui passe, temps qu'on arrête, qui déjà s'amorce. GB propose un temps d'arrêt, de repos, de respiration, un temps pour regarder l'image, pour voir réfléchir à la particularité de chacune, les couleurs claires des séries d'amour, le caractéristiques des films d'action, de la publicité...

   Chaque Diachrome est, nous l'avons dit, placé sous le timbre d'un artiste. Alors que ceux-ci ont donné une heure à l'aveugle, on se prend à chercher d'absurdes correspondances. Ainsi, le vitrail « de » Roman Opalka (le choix de cet artiste pour un travail sur le temps n'est pas innocent) est le seul ou se voit un redoublement de l'image qui donne une impression de flou : le temps se montre. L'image décidée par Viallat est extraite d'une publicité et est quasi abstraite. Le personnage capté à l'heure choisie par Felice Varini ressemble à un mafioso. L'image placée sous l'invocation de Bertrand Lavier est sans doute celle ou l'importance de la peinture est la plus grande (mais là, ce n'est peut-être pas un hasard complet). Alors que GB nous invite à une contemplation de type religieux, alors qu'on a pu évoquer la lumière divine filtrée par les morceaux de verre colorés des églises, voici que notre esprit recommence à se divertir, à chercher des associations gratuites...

   Après cette première étape, nous entrons dans la seconde salle qui reprend et approfondit la réflexion engagée. L'exposition utilise la disposition en enfilade des pièces pour proposer une progression. D'une expérience triviale, concrète, nous passons à un propos plus abstrait, même s'il utilise la fiction pour se déployer. Nous contournons les miroirs découpés déposés au sol pour nous rapprocher du mur du fond ou nous attire une horloge ancienne à coucou repeinte en argenté. Sur l'objet, des rats naturalisés immobiles promènent sur la pièce un regard triomphal. Au pied de l'appareil dont les poids en forme de pomme de pin ont été exagérément tirés, jusqu'à encombrer l'espace de la salle, d'autres rats naturalisés montrent des traces de combats avec un oiseau. Certains ont des plumes dans la gueule. D'autres plumes gisent au sol, attestant la mort du coucou. L'oiseau, tiré de son perchoir par les rats, explorateurs curieux semblables à l'Homme, s'est débattu. Il a péri ; il n'en reste presque rien. Tout à leur instinct, les rats ont détruit le dispositif temporel. Le temps s'est arrêté avec l'arrêt de l'horloge, et les rats en ont immédiatement subi la résultante. Ils sont immobilisés dans les poses animées dans lesquelles ils ont été saisis ; ils sont morts, eux aussi, tout en gardant l'apparence de la vie. Le temps exploré s'est arrêté, expérience impossible à l'être vivant ; sauf au moment de mourir. Cette expérience, nous ne pouvons l'approcher que par le biais de la fable, de la mise en fiction, mais il est tout aussi certain que puisque nous réfléchissons au problème du temps, nous ne sommes pas morts. D'ailleurs, l'horloge du coucou continue à tourner, mue par un dispositif d'horloge universelle. Raccordé par satellite à un centre, en Allemagne qui renvoie un signal très précis, remettant l'horloge en permanence à l'heure exacte, le coucou sonne toutes les demi-heures. Ce dispositif technologique relie le problème du temps à celui du ciel, donc à la divinité, au monde spirituel.

 

Par Yan Chevallier - Publié dans : art contemporain
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:19

 

   A l’issue de sa découverte de l’art contemporain, l’élève doit avoir des notions sur ce qu’est l’art aujourd’hui : Statut et fonction de l’artiste renouvelés ; notion de créativité (l'artiste est un chercheur) ; diversité des mediums  (tout ce que permet le monde actuel, depuis Duchamp) ; le sujet est tout ce qui entoure l'artiste (la société de consommation par exemple) ; le lien entre œuvre et spectateur est plus central que par le passé ; la notion de Beau, de bien fait, est remise en question, son importance devient secondaire

   L’œuvre d’art est un objet qui doit servir de support à la pensée, à la réflexion. L'art est  cosa mentale depuis la Renaissance, et cet aspect devient essentiel dans l'art contemporain.

L’art nous fait réfléchir sur le rapport au réel, notamment en pratiquant le recyclage d’objets produits par notre société de consommation (Pop Art, Bertrand Lavier). La représentation est parfois abandonnée au profit d’une présentation dans l’espace réel (Marcel Duchamp, Art minimal). Par ailleurs, la fiction créée par les artistes est parfois un meilleur vecteur d’information que le document réel (the Atlas Group, les frères Chapman). L’interrogation sur le réel passe aussi par une réflexion sur le langage comme médiation avec le monde (Joseph Kossuth)

   L’art doit permettre un déplacement de point de vue par rapport aux idées et comportement habituellement admis. Acte de communication, l’art engage notre rapport à l'altérité, en nous poussant à être curieux des modes de pensée et d’expression autres.

 

   L’art est donc un élément essentiel de la formation du citoyen. L’art permet de réfléchir et de comprendre la société dans laquelle on vit. Par là même, il permet d’être plus libre, d’avoir plus de capacités à choisir, de développer un esprit critique.

   C’est pleinement un support d’éducation.

   Enfin, il ne faut pas oublier que la confrontation avec l’œuvre d’art est aussi, et toujours, affaire de sensations, d’émotions et de plaisir.

 

S’il faut fixer des objectifs en terme de connaissance, voici quelques pistes. L’élève doit pouvoir définir très simplement et situer dans le temps les éléments suivants :

Origines de l’art contemporain

Dada, Picabia, Duchamp

Le surréalisme

Le Black Mountain College

Art contemporain des années 1960 aux années 1980

Pop Art

Actionnisme viennois, body art

Art minimal

Arte Povera

Land Art

Fluxus

Supports/Surfaces

Grands courants,  depuis la fin des années 1980

Le post-modernisme

L’esthétique relationnelle

Appropriation/réappropriation  (post-production)

Idiotie, art parodic’

Post humain

L’engagement (politiques identitaires, féminisme, genre, communautés, mondialisation, …)

Nouveaux  mediums, Nouvelles formes d’œuvres :

Installation, dispositifs, Display

Intervention, Art en milieu urbain, art in situ, Land Art, toutes les façons de montrer l’œuvre autrement que dans le cadre muséal

 

Performance, action corporelle sans intermédiaire ne privilégiant pas la pérennité de l’œuvre. Happening

 

La photo plasticienne

Art vidéo

Nouveaux média, art électronique, net art …

 

Hybridation, mixage des medium à l’intérieur d’une même œuvre et dans un parcours d’artiste.

Par Yan Chevallier - Publié dans : art contemporain
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:19

 

   L'œuvre face à laquelle on est une énigme, elle ne parle pas d'emblée et il faut trouver des clés, des portes d'entrée. Ce genre de situation, les élèves y sont tout à fait préparés, ne serait-ce que parce qu'il constitue le ressort fondamental de tout un pan des jeux vidéo. La découverte d'une œuvre se fait d'abord par questionnement. Devant un objet très inhabituel, on peut décrire les émotions, les sentiments que cela nous procure. On peut formuler des hypothèses sur le sens. Mais il faut avant tout étayer tout cela. L'art n'est pas le domaine de la subjectivité absolue, du n'importe quoi. Le fait que nombre d'œuvres jouent sur l'ambiguïté et la polysémie, n'a pas pour conséquence qu'on puisse dire tout et n'importe quoi sur elles. Certains élèves vont s'engouffrer dans ce qu'ils croient être une liberté absolue d'interprétation et proposer tout ce qui leur sort par la tête. Il faut leur rappeler que seule une approche rationnelle peut valider les hypothèses, les premières impressions. Ce que je pense de l'œuvre doit pouvoir être approuvé par d'autres pour acquérir de la valeur.

Il faut ensuite observer l'œuvre et la décrire, en tentant de la classer dans un medium particulier. On peut détailler ses matériaux, les techniques utilisées. Cela se fait en groupe, par le dialogue, l'échange entre les élèves et avec le médiateur.

Puis, vient le temps de dégager le sens de l'œuvre. De quoi parle-t-elle ? Apporte-t-elle un éclairage ou un questionnement sur un problème de notre monde actuel ? Sur une donnée plus générale de la condition humaine ? Sur les problèmes d'expression et notamment d'expression artistique ? Sur l'histoire de l'art ? Sur le cours que nous sommes en train d’étudier ? L'œuvre ne fait-elle que poser des questions ? Nous suggère-t-elle des éléments de réponse ?

   A la fin du travail, chaque élève doit pouvoir choisir une œuvre parmi plusieurs proposées et être capable, par écrit, de la décrire (médium, matériaux, techniques) et d’en proposer une interprétation et une appréciation personnelle justifiée. Bien sûr, on évalue la démarche et la capacité à construire un raisonnement, et pas les goûts de l’élève.

   Le travail de découverte comparée de deux œuvres peut être un moyen efficace et aisé de libérer la parole. Le travail de comparaison (ressemblances, différences) fixe un cadre sécurisant pour les élèves. Choisir des œuvres utilisant des techniques très différentes mais abordant les mêmes thématiques est très fécond. De même, la confrontation entre des œuvres du passé et des œuvres contemporaines montrera que si les techniques ont évolué, les grandes préoccupations des artistes, et des Hommes, restent les mêmes. 

Par Yan Chevallier - Publié dans : art contemporain
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 00:17

   Utiliser l’œuvre d’art contemporaine en cours  ne présente pas sur le fond de différence essentielle avec l’approche d’œuvres d’époques antérieures, qu’elles soient traditionnelles ou modernes. Son  approche nécessite cependant un peu plus d’ouverture à la diversité des matériaux, des techniques, des objets et des situations de monstration. Les formes crées ne sont souvent pas familières aux élèves. Cela peut apparaître comme un problème ; c’est aussi une aubaine : les élèves sont pour une fois véritablement vierges de toute référence, en tous cas beaucoup plus qu'habituellement.

   Comment aborder une œuvre nouvelle, un objet parfois tellement peu référencé par les élèves que ceux-ci ne sont pas assurés de la qualité artistique de celui-ci. On peut faire appel pour débuter à un argument d’autorité. « Cet objet a été conçu comme une œuvre d’art par un artiste et a été reconnu comme tel par les institutions artistiques (galeries, musées, FRAC...). De même qu'on fait confiance aux scientifiques, aux médecins, faisons a priori confiance aux gens du métier pour ce qui est de l'art. Suspendons notre jugement, prenons le temps de la réflexion, laissons sa chance à l'œuvre et à l'artiste puisque nous sommes là pour cela.

   Il est important que la découverte, l’exploration  et la recherche du sens de l’œuvre soient effectivement féconds. Rien ne serait pire qu’une exploration décevante qui pourrait renforcer les a priori  négatifs existant sur l’art contemporain.

   C'est pour cela qu'il ne faut pas s'arc-bouter sur une méthode trop rigide, qui pour des raisons idéologiques et morales voudrait que la découverte de l'art contemporain, espace essentiel de liberté pour l'homme, passe uniquement par la parole de l'élève. Il n'est pas forcément évident d'avoir quelque chose à exprimer quand on découvre pour la première fois un univers nouveau. On peut légitimement souhaiter rester en retrait, le temps de prendre ses marques. Lors d'une première approche, il est important de donner des repères. Comment se comporte-t-on dans un espace d'exposition ? Comment rentre-t-on dans une œuvre ? Sur quoi doit porter notre attention ? Comment parle-t-on de l'œuvre ? Le médiateur ne doit pas hésiter à apporter de l'information et à pratiquer lui-même l'exercice d'approche de l'œuvre, par le dialogue avec les élèves.

   Ceux-ci doivent être rassurés sur leur capacité à approcher l'œuvre, mais cela ne suffit pas. Si les efforts d'attention, de questionnement, de description et d'analyse conduisent à un résultat limité, à un sens de peu de portée ou d'intérêt, l'élève déçu risque de rejeter la fréquentation même de l'art contemporain. C'est pour cela qu'il faut, lors des premières approches de l'œuvre contemporaine, pousser l'analyse assez loin pour que la richesse de l'œuvre apparaisse, et que son lien avec notre temps, notre vie, nos préoccupations devienne clair. Il faut que l'effort en « vaille le coup ». Lorsqu'une porte s'ouvre, que du sens apparaît là ou ils ne voyaient que du chaos,  les élèves sont séduits, ils ressentent du plaisir intellectuel ; ils sont prêts à « y revenir ». Ce mode d'approche du monde est décidément aussi gratifiant que l'approche scientifique, sociale ou littéraire. La notion de plaisir en art contemporain ne réside pas dans les appâts, la pure délectation du beau, qui sert à attirer le spectateur. Elle est bien plus, et parfois entièrement dans le résultat du processus d'analyse de l'œuvre, dans la découverte d'un nouveau point de vue sur le monde.

Il importe donc de rassurer les élèves à la fois sur leur capacité à se confronter aux œuvres, mais aussi, et peut-être surtout, à les rassurer sur la pertinence de l'approche de l'œuvre d'art. Il faut les rassurer en fait sur la qualité artistique des œuvres, leur capacité à faire sens, sur l'intérêt de l'art en général.  Vaste responsabilité qui est celle du passeur, du médiateur.

    C'est l'argument retenu par le juge de l'affaire Brancusi expliquée en introduction  de Denys Riout, qu'est ce que l'art modern, Gallimard, folio essai, 2000.

Par Yan Chevallier - Publié dans : art contemporain
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Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 12:53

 

La Monte Young Dream house

Par Yan Chevallier
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