architecture / Installation 1

Publié le par Yan Chevallier

   L'architecture fait aujourd'hui pleinement partie des préoccupations des institutions artistiques. En témoigne actuellement l'exposition que le centre Pompidou consacre au designer britannique Ron Arad1. De manière significative, Ron Arad qui, du design avait déjà investi l'architecture, se présente ici simplement comme artiste, demandant à ce qu'on oublie tout souci de classification à son égard. C'est pour cela, entre autres, que l'exposition s'intitule « no discipline ». Ce souci est véritablement emblématique d'une évolution récente des relation entre l'architecture et l'art contemporain. Un autre événement actuel, Archilab 2008 présente à Orléans jusqu’au 23 décembre un panorama de la réflexion menée en Europe sur la ville. C’est en 1991 que le FRAC Centre a choisi de centrer sa collection sur la thématique de l’architecture et la première édition d’Archilab, événement annuel montrant les dernières avancées de la recherche d'avant-garde en architecture, date de 1999. Enfin, ce n’est qu’à l’automne 2007 que la Cité de l’Architecture et du Patrimoine a ouvert ses portes dans l’aile Paris du Palais de Chaillot. Les institutions enregistrent donc bien un phénomène de rapprochement entre les deux disciplines, et ce phénomène est récent.

   L’architecture a certes toujours été considérée comme un art, mais un art à part, singulier dans sa démarche et son rapport à la société. L’ampleur des oeuvres produites, la nécessité d’une maîtrise foncière ont toujours imposé un rapport plus étroit avec ce que Le Corbusier appelait « l’autorité ». par ailleurs, Archilab 2008 et l’exposition Ron Arad de Beaubourg montrent que la notion d’échelle est centrale en architecture et recouvre des réalités qui vont de la ville, prise dans son ensemble, jusqu’à la simple pièce de mobilier à la mesure de l'homme. Ainsi, l’usage de l’architecture, ses modes de monstration et d’appropriation ont toujours été différents de ceux des autres arts. Pendant longtemps, l’idée de faire entrer l’architecture dans le musée serait passée pour saugrenue.

   C’est à la Révolution française que les institutions de l’architecture ont été fondues dans celles des Beaux-Arts. Et pendant près de deux siècles, c’est dans les Ecoles des Beaux-Arts que l’on a enseigné l’architecture. Tout l’effort du mouvement moderne au XXe siècle visera à briser ce lien et à ancrer la réflexion et la pratique architecturale dans le social, par le biais du concept de fonctionnalisme, alors considéré comme dominant. C'est très tardivement, et presque à contre-temps, en 1968 que les unités d'enseignement d'architecture (aujourd'hui écoles d'architecture) seront séparées des écoles des Beaux- Arts. Presque à contre-temps parce qu'au même moment, l'émergence d'une attitude contemporaine en art aboutissait à un décloisonnement qui allait rapidement rendre caduques les divisions traditionnelles. A contre-temps aussi parce que justement à la fin des années soixante, les artistes commencent à se saisir de la problématique de l'espace, espace de l'exposition d'abord, puis espace de la vie, par le biais du développement entre autre de la pratique de l'installation. C'est l'étude des rapports entre architecture et installation qu'il s'agit ici de mener. Par nécessité de resserrer l'étude, les rapports à la sculpture, au design, et aux autres pratiques artistiques de l'espace ne seront pas approfondies. Selon quelles modalités s'est alors produit le rapprochement entre art contemporain et architecture ? Comment les deux disciplines ont-elles affirmé une manière propre d'appréhender l'espace ? Y a-t-il eu contact ? Échange ? Hybridation ? Affrontement ? Quelles conséquences ces interrelations ont-elles encore aujourd'hui ?

   Dans un premier temps, on assiste à un progressif rapprochement dans un cadre théorique très fort. Puis, dans le courant des années quatre-vingt-dix, on assiste à une fusion des pratiques, un brouillage des repères. Nous faisons l'hypothèse que ce brouillage n'a pas duré et a abouti, après échange de matériel conceptuel, à une redéfinition féconde du champ de chaque discipline.


Une définition moderne de l'architecture

   En 1959, Bruno Zevi énonce « que la valeur propre, originale de l'architecture, est celle de l'espace interne », « que tous les autres éléments volumétriques, plastiques et décoratifs, entrent dans le jugement de l'édifice en fonction de leur valeur par rapport à la valeur spatiale (s'ils l'accompagnent, l'accentuent ou la heurtent » et « que la valeur spatiale est attachée aux éléments mêmes qui concernent la valeur utilitaire, c'est à dire aux vides ». 2 Dans une approche « greenbergienne » de l'art, Bruno Zevi s'attache à définir la spécificité de l'architecture et, après avoir montré la primauté de la notion d'espace, il entreprend de marquer ce qui distingue l'architecture de la sculpture. Cette dernière pouvant se définir comme volume appréhendable extérieurement, Zevi met a contrario en avant la capacité de l'architecture à être éprouvée de l'intérieur. Il reprend là l'idée mise en oeuvre par Le Corbusier, de promenade architecturale comme mode d'appréciation de l'oeuvre. Il précise cette définition en affirmant que l'architecture est proprement une mise en forme de l'espace, du vide, reprenant encore ici certaines idées du maître franco-suisse.

   Effectivement, l'attention du mouvement moderne s'est concentrée sur l'espace intérieur des édifices pour prendre le contre-pied de la pratique académique de l'architecture, devenue un formalisme quasiment pictural de la façade. Un autre but était de combler un manque criant de confort des logements par une réflexion sur les usages de l'habitat. L'architecture moderne, fonctionnaliste domine le monde entre les années trente et les années soixant- dix. Cependant, à la fin des trente glorieuses, son épuisement théorique devient manifeste et des voix se font entendre pour rompre avec ses pratiques. La plus audible de ces voix sera celle de la post-modernité qui devient dominante à la fin des années soixante-dix, parallèlement dans le domaine des arts et dans celui de l'architecture; mais d'autres cheminements critiques sont alors élaborés qui vont montrer leur pertinence dans les années suivantes.

1 Voir à ce sujet Deyan Sudjic, « Ron Arad, artiste designer », Artpress n°351, décembre 2008, p. 52-58.

2 Bruno Zevi, apprendre à voir l'architecture, éditions de minuit, 1959, p. 123 et 124.


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