architecture / installation 4

Publié le par Yan Chevallier

architecture/installation 3


le musée juif de Berlin de Daniel Libeskind et les installations de Claude Lévèque.


   Le musée Juif de Berlin15 est l'oeuvre majeure de Daniel Libeskind et sans conteste l'un des bâtiments les plus importants de la fin du XXe siècle. Libeskind est le lauréat d'un concours pour réaliser un musée évoquant le sort des populations juives d'Allemagne. L'oeuvre réalisée transcende complètement le programme, l'absorbant complètement dans sa matière même. Comme nous l'avons dit, à son achèvement, le musée peut se passer de toute exposition d'objets. Par un jeu complexe de symboles, par un travail précis sur la circulation, sur la manière d'appréhender l'espace, il permet de faire ressentir les enjeux de l'histoire des juifs d'Allemagne. Le bâtiment affecte l'allure d'une zébrure aigue, qu'on peut aussi interprêter comme une étoile de David brisée. Il n'a pas de porte et l'on doit pour y pénétrer, passer par le musée d'histoire de l'Allemagne qui le jouxte. De là, on descend; En bas, trois chemins s'offrent à nous, celui de l'extermination mène à une pièce noire extraordinairement haute, propre à procurer un sentiment de vertige et de néant; Le chemin de l'exil mène vers un jardin situé hors du musée mais sans issue. La troisième voie permet de remonter lentement vers la lumière; c'est la voie du souvenir. Le dessin des ouvertures reprend des tracés qu'on dirait incohérents mais qui dessinent un chemin tracé entre les maisons juives de Berlin. Par le symbole, la lumière, la couleur, la matière, le son, par l'organisation du cheminement et les effets de volume, le musée parvient à faire passer un message lourd, profond et d'une grande cohérence.

   À l'automne 2004, Claude lévèque réalise l'installation cercles à la chapelle des pénitents d'Aniane (Hérault). Dans le cadre d'une chapelle gothique, l'artiste suspend des faux. Un dispositif permet de faire tourner ces objets qui sont éclairés par des spots violents, provoquant le tournoiement de points lumineux et parfois des éclairs sinistres. Un dispositif sonore diffuse des voix d'enfants dans une cour de récréation, un peu étouffées. Le village agricole d'Aniane a longtemps accueilli dans les murs de son ancienne abbaye un bagne d'enfant et c'est à cette histoire, connue de tous les habitants du village, mais peu ébruitée au-delà, que fait référence le travail de Claude Lévèque. Les deux oeuvres se livrent au même travail sur la mémoire et utilisent toutes les deux les mêmes outils. Très narratives, elles font appel à la mémoire, à la réflexion et à l'émotion. L'échelle des deux projets les sépare mais correspond à la différence d'importance des événements évoqués.


la caserne des pompiers de l'usine Vitra par Zaha Hadid et les installations de Simone Decker


La caserne des pompiers de l'usine Vitra de Weil-am-Rhein (Allemagne) construite par l'architecte anglo-irakienne Zaha Hadid fait figure de manifeste de l'architecture déconstructiviste. Ses formes très élancées, dynamiques, évoquent les situations d'urgence auxquels sont confrontés les pompiers. Les espaces intérieurs se caractérisent par leur difficile habitabilité l es escaliers ne sont pas droits, certaines pièces se terminent par des angles effilés, d 'autres sont très longues et très étroites, les sols sont inclinés. Ces particularités ont rendu l'endroit inutilisable. Le but de l'architecte est là, en nous confrontant à un espace dérangeant pour les sens comme pour l'esprit, de nous faire à nouveau

éprouver la réalité de l'espace intérieur, en nous libérant du poids de nos habitudes perceptives. Hadid veut que le pompier reste dans un état de veille, d'attention sensorielle. Cela n'a manifestement pas été compris.

   L'artiste luxembourgeoise Simone Decker installe en 1998 dans un espace d'exposition une pièce faite de plastique transparent mais dont la face intérieure est collante : le spectateur qui entre dans cet espace s'en rend vite compte car ses chaussures collent au sol, ses mains et bras adhèrent au mur. Rapidement, les traces de nos déambulations s'impriment sur les parois de cet espace-piège intitulé le pavillon de chasse. Plus récemment, en 2006, elle réalise au CRAC de Sète une spectaculaire installation en remplissant une pièce de bandes de plastique blanc. L'ampleur du travail réalisé donne du volume de la pièce une grandeur inhabituelle. Par la saturation même de l'espace, que nous pouvons traverser, mais avec difficultés, c'est la taille de l'espace vide qui nous est restituée. Dans ces deux oeuvres Simone Decker met en jeu un dispositif qui crée de la gène chez le spectateur. Avec difficulté, mais de manière ludique aussi, nous réapprenons comme des enfants à mesurer l'espace qui nous entoure; Les moyens et les buts de Zaha Hadid ne sont pas substantiellement différents.

   De ce jeu de comparaison, nous pouvons conclure à la grande proximité des dispositifs mis en oeuvre par les artistes et par les architectes au tournant du millénaire.


15Bernhard schneider, Daniel libeskind, JewishMuseum berlin between the lines, prestel verlag, Munich, 1999.

 

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