Hubert Duprat : les grands thèmes de l'oeuvre 1

Publié le par Yan Chevallier

1. l'attitude de l'artiste

 

   Hubert Duprat refuse le rôle de l'artiste-star qui occupe le devant de la scène médiatique pour bâtir sa cote et faire avancer sa carrière. C'est même une attitude complètement inverse qui le caractérise, avec le souci de s'effacer, une certaine réticence à parler de son travail et une attitude de retrait par rapport aux lieux de l'art. Vivant en province, Duprat n'expose pas à Paris, et pratiquement jamais dans sa région de résidence. Qui plus est, le rythme des pièces nouvelles, très soutenu dans les années '90 connaît un véritable coup d'arrêt dans les années 2000, avec près de six ans d'absence sans montrer de pièces nouvelles.

   Duprat assume aussi une posture stricte concernant la fabrication de ses pièces. Bien que les pièces de la fin des années '80 traitent de son atelier, Hubert Duprat n'en a en fait jamais vraiment eu. Duprat ne travaille pas la matière personnellement. Son travail consiste essentiellement à la mise au point conceptuelle de ses pièces, à l'agencement des éléments qui vont « jouer » dans la pièce. Un travail de référencement historique est aussi à l'œuvre, nombre de pièces puisant leur « inspiration » dans un modèle venant des arts premiers, de la renaissance ou du baroque, quand ce n'est pas dans la littérature scientifique, préférentiellement celle des temps héroïques du XIXe siècle, que l'artiste puise ses sources. Mais Hubert Duprat préfère déléguer la fabrication concrète des oeuvres, estimant que des spécialistes sont plus à même que lui pour résoudre les problèmes techniques que ses projets suscitent. Hubert Duprat ne s'occupe que de la cosa mentale. Son oeuvre n'est pas narrative, ses pièces ne s'inscrivent pas dans des histoires mais c'est une sorte de légende qui s'est créée autour du processus créateur de l'artiste. Duprat passe pour posséder une culture encyclopédique et une bibliothèque d'érudit. Il se plaît à débattre de problèmes précis d'archéologie ou de sciences naturelles. C'est à un honnête homme à l'ancienne que nous devons avoir affaire.

   Ne fabriquant pas ses pièces, Duprat délègue la fabrication. Mais ce choix n'implique pas de sa part un mépris pour la fabrication artisanale, comme pourrait le laisser penser un parallèle avec les trichoptères. Pour lui, l'artisan, le fabricant n'est pas un vulgaire animal. Au contraire, son oeuvre « flirte » avec les problèmes de l'art et de l'artisanat. Le beau geste, la précision du métier lui importent et le fini de ses pièces est un de leurs aspects importants. Les oeuvres de Duprat sont finies, propres, nettes. Et leur côté esthétique, leur beauté, pour dire le mot, est un élément de l'appréciation qu'on leur porte tout en étant, sans doute possible, secondaire par rapport au travail de mise en jeu des concepts auquel se livre l'artiste.

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