Hubert Duprat : les grands thèmes de l'oeuvre 2

Publié le par Yan Chevallier

2. Le cabinet de curiosité

 

J'ai dans un premier temps souhaité développer beaucoup plus les liens que Hubert Duprat entretient avec les cabinets de curiosité, un thème qui apparaît souvent dans les commentaires faits sur l'œuvre de l'artiste. Les causes de cette liaison sont nombreuses. Elles tiennent d'abord de la manière dont Hubert Duprat envisage son travail, préparant ses nouvelles oeuvres par un travail d'exploration des formes existantes dans le champ infini des artefacts. On a pu mettre en relation un grand nombre des créations de l'artiste avec des objets d'art européens des XVIe-XVIIIe siècles, ou avec des objets d'art premier, ou encore avec des productions d'origine plus scientifiques. Ce bric-à-brac originel rattache les préoccupations de Duprat de celles de ces collectionneurs des temps modernes, curieux de tout, accumulant toutes les créations intéressantes de la planète dans leur cabinet pour pouvoir tenter d'envisager le problème de la Création divine dans sa globalité. Le goût pour les objets-limite, ceux qui posent problème à notre sens commun parce qu'ils mélangent les catégories, brouillent les taxonomies habituelles parcourt tout le projet du cabinet de curiosité. De même que la volonté de ne pas établir de barrières entre les créations de la Nature et celles de l'Homme, que ce soit dans le domaine de l'Art ou dans celui de l'artisanat. Hubert Duprat partage avec les curieux du passé l'idée selon laquelle l'art est un outil de connaissance du monde qui nous entoure, cette Révélation en objet, dont la connaissance permet d'approcher Dieu au même titre que la Révélation écrite.

   Cependant, cette référence peut difficilement être élargie à d'autres préoccupations d'artistes, ou alors elle peut sembler commune à tous les créateurs. Certes, des gens comme Mark Dion ou Paul-Armand Gette travaillent sur l'imaginaire scientifique mais plutôt dans les mises en scènes extérieures du travail scientifique, les simulacres qui président à la révélation de la connaissance. Le travail d'Hubert Duprat n'entre que très marginalement dans ce champs, par cette rumeur qui environne le travail de Duprat, son érudition, son encyclopédisme, sa bibliothèque. Pour le reste, ses oeuvres ne sont pas des simulacres, ce sont plutôt des expériences chargées de mettre à jour les vérités de ce monde, les spécificités de la matière. Parmi les artistes choisis pour occuper ce cabinet de curiosité contemporain qu'est le château d'Oiron, celui qui partage le plus de préoccupations avec Hubert Duprat, au point que les deux artistes sont exposés dans les mêmes espaces, est Toni Grand. Issu du mouvement Support-Surface, ce dernier travaille la matière vivante, en l'occurrence les anguilles, et les agence comme autant d'étalons nouveaux de la matière, en les enrobant dans des réceptacles de fibre de verre et de résine. Comme Duprat, Grand mêle sans problème le vivant et l'inerte, le naturel et l'industriel, essayant par sa création de donner de nouveaux repères d'appropriation du réel, et notamment du volume puisque Toni Grand est sculpteur.

    Natacha Pugnet, « les métiers d'Hubert Duprat », les figures de l'art n°7, Pau, 2004. en donne une liste très conséquente.

Publié dans Hubert Duprat

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