Hubert Duprat : sans titre (mur de plomb)

Publié le par Yan Chevallier

2. sans titre (mur de plombs)

   Sans titre (mur de plomb) explore un registre nouveau dans l'œuvre de Duprat : la violence. L'œuvre est constituée d'un mur blanc dans un espace traditionnel d'exposition (galerie, musée, centre d'art) criblé de plomb. L'œuvre est réalisée en tirant plusieurs centaines de cartouches de chasse sur le mur. Nous ne verrons pas la confection de l'œuvre et c'est seulement la tension entre le calme de l'exposition et ce que nous imaginons de bruit, de poussière qui est seul susceptible d'évoquer la violence. Cependant l'œuvre n'est pas la trace d'une performance et le geste de l'exécutant ne compte pas. La surface du mur doit être criblée de la manière la plus uniforme possible. C'est que le procédé à l'œuvre est assez récurrent chez Hubert Duprat pour être facilement identifiable : il s'agit de l'incrustation que l'on peut faire remonter à marqueterie, dans la deuxième moitié des années '80, qui consistait à remplir une incision faite dans le bois par des matériaux semi précieux. Coupé cloué au début des années '90 reprend l'idée d'incrustation en recouvrant un tronc d'arbre de clous de tapissiers, de manière à transformer son aspect. Dans cette pièce s'ajoute l'idée de cribler un support. Par ailleurs, le travail sur un mur, sur les éléments de la pièce peuvent être documentés depuis la fin des années '80 et le travail sur la reproduction de l'atelier.

   Le plomb pénètre peu dans le mur, il doit rester visible pour que l'idée d'incrustation soit perceptible. Il ne s'agit pas ici de révéler l'intériorité de tel mur particulier mais de considérer la surface blanche comme un matériau travaillé par l'artiste. Qu'est-ce qu'une surface incrustée de plomb ? L'apparence de la surface subsiste grâce à l'effort d'uniformité du criblage mais le mur se révèle dans sa matérialité. Il a une épaisseur, une matière puisque le plomb est susceptible de s'enfoncer en lui. La modification de la couleur, les taches grises, accentuent ce rendu de la matière. Le mur de la salle d'exposition qui tend à sa propre négation, qui cherche à faire oublier son existence, qui s'efface devant les oeuvres présentées, est ramené à une existence sensible, tangible, à sa matérialité et à son volume. C'est un mur travaillé par un sculpteur.

Publié dans Hubert Duprat

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