Hubert Duprat : un parcours d'artiste 1

Publié le par Yan Chevallier

1. les années '80

 

   Hubert Duprat est né en 1957 à Nérac (Tarn et Garonne). N'ayant pas fait d'études, c'est un autodidacte dans tous les domaines. Ses centres d'intérêt sont dès le début très ouverts. On a de lui un inventaire des poteries sigillées de l'Agenais qui montre déjà un intérêt pour l'Histoire, la trace, la matière, la nature, l'artefact, la brisure, la recherche érudite...  C'est au tout début des années '80 que débute son activité artistique avec l'expérimentation sur les larves de trichoptères. S'inspirant des travaux de l'entomologiste J.-H. Fabre, Hubert Duprat prélève dans la nature des larves de trichoptères ou phryganes qui ont la particularité de se fabriquer un étui, un fourreau avec de petits objets à leur portée dans le but de pouvoir se métamorphoser en étant à l'abri. Duprat retire l'insecte de son fourreau et place celui-ci dans un aquarium ou il met à disposition de l'animal des petits objets précieux : pailles d'or, petites perles, éclats de pierres précieuses ... Les fourreaux composés par les insectes deviennent de petits bijoux dont le statut reste éminemment incertain, cette incertitude constituant un des aspects essentiel de l'œuvre en gestation. En 1983, Hubert Duprat dépose un brevet pour ce procédé ce qui ajoute encore à l'incertitude sur le statut de l'objet : Le procédé a-t-il été conçu avec une intention artistique ou dans l'optique de fournir des bijoutiers ? Il semble bien que dans u n premier temps Duprat ait envisagé le travail sur les larves de trichoptères comme une manière d'assurer sa situation financière pour pouvoir se consacrer à l'art. Devant l'échec de cette idée (les bijoutiers se révèlent peu intéressés par l'invention), Hubert Duprat choisira d'assurer son équilibre financier en enseignant. Dès la deuxième moitié des années '80, il enseigne à l'école des Beaux-Arts de Montpellier. Il travaille aujourd'hui à l'école des Beaux-Arts de Nîmes.

Echec dans le monde de la bijouterie, les fourreaux de larves de trichoptères provoquent un intérêt immédiat dans le monde de l'art, intérêt qui ne se démentira plus et qui a pu être une gène autant qu'un tremplin dans l'œuvre d'Hubert Duprat. Vingt ans après la mise au point du procédé, nombre de critiques et de journalistes centrent encore leur intérêt et leurs analyses sur cette expérience matricielle.

   Dans le temps même ou il met au point cette oeuvre fondatrice, Hubert Duprat entame une longue recherche qui commence par l'utilisation de la camera oscura et s'orientera autour de la thématique de l'atelier et de sa trace.  En effet, dans la deuxième moitié des années '80, Hubert Duprat montre plusieurs séries de travaux photographiques, des sténopés produits avec la camera oscura. La série l'atelier ou la montée des images montre des images du mur de l'atelier de l'artiste sur lequel se reflète de manière inversée le paysage extérieur soit des toits de maisons et le ciel. L'image prise intègre l'ombre d'un appareil photographique sur pied, celui qui a pris l'image créée par la camera oscura. L'appareil photographique restitue une image en couleur alors qu'un témoin présent dans la pièce n'aurait vu qu'une image en noir et blanc. Ce travail présente deux caractéristiques qui ne seront pas par la suite travaillées de la même manière. Dans le prolongement du travail sur les fourreaux de trichoptères, l'atelier (pièce largement fictive en ce qui concerne Hubert Duprat) fonctionnant comme une camera oscura une autre matrice, lieu de la création, de la transformation et de la vie. D'un autre côté, l'image produite est le résultat d'une multitude de renvois d'un procédé à l'autre, comme un jeu de miroir aboutissant à une mise en abyme du réel. Un certain nombre d'autres travaux photographiques exploreront ce phénomène, variant sur la surface sur laquelle se reflète l'image de la camera oscura ou sur l'image reflétée. Hubert Duprat renverse cette procédure quand il décide de projeter l'image de son atelier sur une plaque de contreplaqué, en imprimant le tracé de l'atelier à l'aide d'une marqueterie de matériaux semi précieux, écaille de tortue, nacre, ébène ou ivoire. Le volume s'inscrit sur la surface plane du bois, les matières nobles et triviales se mêlent; Une matière s'incruste dans l'autre et la notion de volume se met à osciller entre le volume virtuel rendu par le tracé et le volume réel rendu par l'incrustation des matériaux. Ce travail des marqueteries qui s'étend de 1986 à 1994 nous semble essentiel dans le travail d'Hubert Duprat dans la mesure ou c'est la première fois qu'il recombine des idées qu'il avait explorées séparément et nous offre des sens multiples entre lesquels nous ne pouvons choisir.  Par la suite, il reproduit toujours ce même tracé d'atelier sur les murs de galeries d'exposition. Par un processus maintenant habituel, il retourne le procédé en reproduisant le tracé de l'atelier en extérieur, sur le toit des écuries du château de Pichon-Longueville à Pauillac. Puis il le grave dans de gros volumes parallélépipédiques en béton qu'il installe dans des galeries dont les pièces sont presque saturées par ces énormes pièces. En 1989, il inaugure un nouveau geste en découpant un gros volume de béton en plusieurs tranches (Duprat lui-même parle de découpage de tranches de cakes), répétant le tracé de l'atelier sur chaque face de béton ainsi créé. L'illusion ainsi créée est que les dessin avec son volume factice, traverse le volume de béton et vient s'inscrire jusqu'à son cœur. On soupçonne que si l'on coupait encore le volume de béton, le tracé de l'atelier continuerait à réapparaître.  Cette pièce permet une nouvelle transition. Le tracé de l'atelier et l'ampleur des volumes de béton continuent à évoquer le volume creux des pièces (l'atelier, l'espace d'exposition), et dans le même temps Hubert Duprat repasse à un travail sur la matière-même et sur l'objet. La réflexion sur l'espace vide des pièces s'achève avec la production d'énormes dalles de béton disposées horizontalement ou en biais dans les espaces d'exposition, les rendant inaccessible en même temps qu'ils en révèlent la volumétrie.  Après le travail inaugural et central autour des larves de trichoptères, la succession des pièces de la fin des années '80 inaugure déjà des procédés que Hubert Duprat explorera méthodiquement par la suite (l'incrustation, l'intrication des volumes), il met en place aussi une manière de travailler qui joue sur le croisement des idées, leur saturation et leur retournement.

    Travail de jeunesse qui a néanmoins obtenu le prix Philipps pour la France est le troisième prix au niveau européen. C'est un travail d'archéologie très documenté, qui révèle un haut niveau de maîtrise du sujet abordé.

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