Méthodologie de l’œuvre d’art contemporaine

Publié le par Yan Chevallier

   Utiliser l’œuvre d’art contemporaine en cours  ne présente pas sur le fond de différence essentielle avec l’approche d’œuvres d’époques antérieures, qu’elles soient traditionnelles ou modernes. Son  approche nécessite cependant un peu plus d’ouverture à la diversité des matériaux, des techniques, des objets et des situations de monstration. Les formes crées ne sont souvent pas familières aux élèves. Cela peut apparaître comme un problème ; c’est aussi une aubaine : les élèves sont pour une fois véritablement vierges de toute référence, en tous cas beaucoup plus qu'habituellement.

   Comment aborder une œuvre nouvelle, un objet parfois tellement peu référencé par les élèves que ceux-ci ne sont pas assurés de la qualité artistique de celui-ci. On peut faire appel pour débuter à un argument d’autorité. « Cet objet a été conçu comme une œuvre d’art par un artiste et a été reconnu comme tel par les institutions artistiques (galeries, musées, FRAC...). De même qu'on fait confiance aux scientifiques, aux médecins, faisons a priori confiance aux gens du métier pour ce qui est de l'art. Suspendons notre jugement, prenons le temps de la réflexion, laissons sa chance à l'œuvre et à l'artiste puisque nous sommes là pour cela.

   Il est important que la découverte, l’exploration  et la recherche du sens de l’œuvre soient effectivement féconds. Rien ne serait pire qu’une exploration décevante qui pourrait renforcer les a priori  négatifs existant sur l’art contemporain.

   C'est pour cela qu'il ne faut pas s'arc-bouter sur une méthode trop rigide, qui pour des raisons idéologiques et morales voudrait que la découverte de l'art contemporain, espace essentiel de liberté pour l'homme, passe uniquement par la parole de l'élève. Il n'est pas forcément évident d'avoir quelque chose à exprimer quand on découvre pour la première fois un univers nouveau. On peut légitimement souhaiter rester en retrait, le temps de prendre ses marques. Lors d'une première approche, il est important de donner des repères. Comment se comporte-t-on dans un espace d'exposition ? Comment rentre-t-on dans une œuvre ? Sur quoi doit porter notre attention ? Comment parle-t-on de l'œuvre ? Le médiateur ne doit pas hésiter à apporter de l'information et à pratiquer lui-même l'exercice d'approche de l'œuvre, par le dialogue avec les élèves.

   Ceux-ci doivent être rassurés sur leur capacité à approcher l'œuvre, mais cela ne suffit pas. Si les efforts d'attention, de questionnement, de description et d'analyse conduisent à un résultat limité, à un sens de peu de portée ou d'intérêt, l'élève déçu risque de rejeter la fréquentation même de l'art contemporain. C'est pour cela qu'il faut, lors des premières approches de l'œuvre contemporaine, pousser l'analyse assez loin pour que la richesse de l'œuvre apparaisse, et que son lien avec notre temps, notre vie, nos préoccupations devienne clair. Il faut que l'effort en « vaille le coup ». Lorsqu'une porte s'ouvre, que du sens apparaît là ou ils ne voyaient que du chaos,  les élèves sont séduits, ils ressentent du plaisir intellectuel ; ils sont prêts à « y revenir ». Ce mode d'approche du monde est décidément aussi gratifiant que l'approche scientifique, sociale ou littéraire. La notion de plaisir en art contemporain ne réside pas dans les appâts, la pure délectation du beau, qui sert à attirer le spectateur. Elle est bien plus, et parfois entièrement dans le résultat du processus d'analyse de l'œuvre, dans la découverte d'un nouveau point de vue sur le monde.

Il importe donc de rassurer les élèves à la fois sur leur capacité à se confronter aux œuvres, mais aussi, et peut-être surtout, à les rassurer sur la pertinence de l'approche de l'œuvre d'art. Il faut les rassurer en fait sur la qualité artistique des œuvres, leur capacité à faire sens, sur l'intérêt de l'art en général.  Vaste responsabilité qui est celle du passeur, du médiateur.

    C'est l'argument retenu par le juge de l'affaire Brancusi expliquée en introduction  de Denys Riout, qu'est ce que l'art modern, Gallimard, folio essai, 2000.

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