l'art contemporain : un point de vue

Publié le par Yan Chevallier

   Que fait-on quand on regarde une œuvre ? De quelle manière le spectateur agit-il pour appréhender l'œuvre d'art ? Cette interrogation, les artistes l'ont portée et intégrée à leurs créations au moins depuis la Renaissance. Van Eyck, Holbein et après eux Velasquez ont intégré à leurs tableaux le regard du spectateur. Plus près de nous, les artistes contemporains aussi travaillent sur cette relation particulière de l'œuvre au spectateur qui, a priori, leur échappe.

 

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  Dans victoire sur l'instant quelconque, Jean-Marc Andrieu tente d'embrasser le phénomène du regard en mettant au point une étrange prothèse. La grande paire de lunettes qu'il nous propose est censée améliorer la vue de l'art. Tout le dispositif en est mis à nu : dans un même mouvement le

regard et l'objet regardé, ainsi que les références artistiques nécessaires (notamment Marcel Duchamp) à

une bonne attention et à une bonne compréhension des œuvres. Le gros cordon qui pend au sol est le lien qui rassemble tous ces éléments, et aussi le lacet, le piège qui attend le spectateur, car pour que le dispositif du regard puisse se mettre en place, il faut qu'un regard ait été capté, capturé, qu'un regardeur se soit arrêté et ait porté son attention sur l'objet. On peut d'ailleurs rapporter la dimension esthétique des œuvres à cette notion de piège.

   Filip Francis se place dans la position du spectateur, il regarde le tableau et, comme les impressionnistes et les pointillistes, http://frac-lr.videomuseum.fr/mediaNavigart/plein/3G/00/3G00243.JPGil essaie de rendre compte de l'absolue réalité de la perception visuelle, avant qu'elle ne soit transformée par le cerveau qui lisse, recompose, harmonise les informations issues de la sensation. L'œil a en fait une vision précise réduite et les marges de la vision sont très floues. C'est parce que le centre de la vision bouge sans cesse et que le cerveau complète les informations imprécises de la périphérie que nous avons l'impression d'une sensation visuelle uniforme telle que nous la restituaient les peintres académiques du XIXe siècle, avec leur finition léchée. L'appareillage optique de notre corps a ses faiblesses, que nous ne percevons pas toujours.

   Daniel Dezeuze travaille aussi sur les biais de notre vision mais au niveau de l'objet perçu, de l'œuvre. Comme les autres membres du groupe Supports/Surface, il travaille sur les composants de l'objet-tableau, mettant en évidence qu'avant d'être une figure, une image, le tableau est une couche de pigment déposée sur du tissu lui-même tendu sur une armature de bois. . C'est cette armature que nous montre Dezeuze, c'est-à-dire au final ce qui fait la forme et la solidité de l'objet-tableau. Le tableau, même dans sa pratique moderne, est le lieu d'une illusion puissante et souvent inconsciente. Réduire l'objet-tableau à ses composants matériels permet de reprendre contact avec la réalité de la perception et de mettre à distance la figure représentée.

http://frac-lr.videomuseum.fr/mediaNavigart/plein/3G/01/3G01790.JPG   Enfin Taroop & Glabel explorent le travail du cerveau postérieur à la vision. Qu'est-ce qui reste de la vision d'un tableau ? Que sommes-nous capables de restituer de mémoire d'une œuvre perçue ? Les filtres sont en fait multiples : biais de la vision, qualité du souvenir, capacité de la main à rendre compte de l'impression conservée. La prédominance des lignes sur les surfaces est-elle due à la manière dont le cerveau organise les souvenirs visuels ou est-ce une facilité technique pour la main ? Certaines parties du tableau de Picasso, comme les bouches entremêlées, ont-elles été l'objet de plus d'attention, donc d'un souvenir plus précis ?

   Les artistes du passé compensaient l'aspect factice, mensonger, de leur art par un discours de vérité sur le monde, souvent à finalité religieuse et dans un but d'édification morale. Pareillement, les artistes contemporains, confrontés au problème de l'illusion perceptive, s'attachent à nous dévoiler les impensés, le non perçu, qui s'attachent à notre expérience visuelle quotidienne du monde. Regarder n'est pas aussi simple qu'il y paraît : méfions-nous des infinies illusions rétiniennes. Déciller notre regard peut se faire dans la joie, avec l'humour et l'impertinence de ceux qui n'hésitent pas à retravailler les icônes de l'histoire de l'art.

 

Toutes les oeuvres appartiennent au Frac Languedoc-Roussillon. Elles peuvent être empruntées, notamment par les établissements scolaires.

 

Publié dans art contemporain

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