Hubert Duprat : les grands thèmes de l'oeuvre 3

Publié le par Yan Chevallier

3. L'alliance des contraires

 

Le travail de Duprat se caractérise par une minutieuse préparation conceptuelle des oeuvres, par un souci du référencement parmi les artefacts existants et par la volonté de tisser les thématiques qui lui sont chères au cœur de la pièce à créer, de manière que l'objet achevé réunisse en son sein des caractéristiques contradictoires, qui sont mêlées alors que notre esprit se refuse à les associer. Cette manière de procéder aboutit à un fréquent mélange entre les créations de la nature, les artefacts artisanaux ou industriels, et les manifestations de l'Art. Mais sa volonté d'allier les contraires s'étend aux catégories de la perception. La pièce vide ou nous nous trouvons est vécue comme pleine, par saturation en objets massifs en béton ou par persuasion que nous nous trouvons dans un élément liquide. L'extérieur est un intérieur, le plein est vide, le vivant est mort : l'œuvre nous propose les deux caractères à la fois, nous ne pouvons ni trancher ni choisir car les deux s'imposent à nous. Cette disposition paradoxale des pièces de Duprat nous amène à relativiser les limites, les coupures consacrées entre domaines de connaissance, entre intérêt pour les matériaux, entre états de la matière. Il rétablit de cette manière l'unité du Grand Tout, à la manière des alchimistes; Ce n'est que si les éléments disparates du réel ressortissent de la même unité fondamentale qu'on peut façonner des passages des uns aux autres, transmuer le plomb en or, le PVC en champagne ou les trichoptères en créateurs.

 

4. La surface et le volume : une théorie du creux

 

Les étuis de larves de trichoptères sont le signe d'un émerveillement primordial d'Hubert Duprat pour la figure de la matrice, du creux, de l'étui, du fourreau, en bref, d'un objet qui serait creux, quasiment clos sur lui-même mais percé d'une ouverture. Un espace interne existe, dont l'importance est grande : c'est le lieu de la vie, de la transformation et de la création. Les connotations sexuelles de cette exploration sont évidentes mais s'élargissent bien à une réflexion sur la nature et sur l'art.  Ses deux archétypes sont ceux de l'étui des insectes ou de la pièce recevant les œuvres, atelier ou espace d'exposition. On peut analyser la grande majorité des œuvres créées par Duprat comme une déclinaison de ce thème. La procédure la plus simple est celle indiquée par les insectes : bâtir une surface qui enserre le centre creux. Les deux cylindres de Vassivière entrent dans cette catégorie. On peut fixer une sorte de peau, une nouvelle texture sur un objet existant. C'est le cas pour Coupé Cloué ou le tronc d'arbre est recouvert de clous. Dans Nord, la procédure est légèrement améliorée en ce sens qu'après avoir fixé les lames d'ambre sur une armature de polystyrène, cette dernière va être minutieusement enlevée pour ne laisser plus que la peau d'ambre. Quand Duprat travaille la matière pleine, un de ses buts est de nous projeter au cœur inatteignable de l'objet par la pensée. Pour cela, il a recours à une action sur la matière. Dans Cassé Collé, il brise une grosse pierre calcaire puis recolle les morceaux, tout en laissant bien voir les sutures de l'action violente qui a pu, au moment de la fabrication percer à jour le secret du cœur de la pierre mais qui ne nous en offre plus que la virtualité. Avec le rhomboèdre de Vassivières, l'artiste utilise une autre technique déjà utilisée avec la série des silex appelée les bêtes : il s'agit là d'ôter une partie de la surface pour suggérer visuellement l'aspect du cœur de la pièce et nous permettre d'y pénétrer pleinement par la pensée. Quand il travaille sur le mur et avec le volume de la pièce, Hubert Duprat parvient, tout en s'attachant à préserver la planéité du mur, à rendre compte de son épaisseur, de sa matérialité. Dans d'autres cas, il se sert du mur, ou du sol, ou du plafond, pour nous transformer fictivement la pièce ou nous nous trouvons en espace plein. Cette recherche d'une vérité située au cœur, au centre des dispositifs qu'il crée rapproche Hubert Duprat de nombre d'autres créateurs contemporains, au premier rang desquels il faut citer Bruce Nauman.

Publié dans Hubert Duprat

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